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Affichage des articles du avril, 2025

J'AIME UN VOYOU

J'AIME UN VOYOU Pour ne pas vous faire de la peine, Mais aussi parc’ que j'ai peur de votre courroux, Je vous ai dissimulé que j'aime, J'aime un voyou. Pour ne pas affronter le problème, Vous jouiez les parents pas au courant du tout. Vous m'imaginiez toujours la même, Or j'aime un voyou. - « Oh! Il a donné à notre fille Un trop tendre baiser ailleurs que sur la joue ! On ne connaît rien de sa famille, Ce n'est qu'un voyou ! - Mais nous vivons un moment suprême Et notre avenir ne dépendra que de nous. Ses parents, leurs métiers, qui ils aiment, Ce n'est rien du tout! » Cet amour clandestin me tourmente Car il a installé un malaise entre nous. Faudra-t-il que je vous le présente ? C'est dur, je l'avoue. Je redoute déjà de la semonce : « Tu es vraiment trop jeune pour prendre un époux » Je pressens déjà votre réponse « Mais c'est un voyou! » - « Oh! Il a donné à notre fille Un trop tendre baiser ailleu...

RATOVO-LE-FAUX-INVALIDE

  RATOVO-LE-FAUX-INVALIDE La vie est dure et tu en ris, Ratovo-le-faux-invalide. Il n'y a pas meilleur acteur sur la scène de tous les jours Que celui qui joue le bossu, l'aveugle, l'éclopé, le sourd Pour combattre ce qui lui fait le gosier sec, le ventre vide. Tordant le pied, courbant le dos, Tu vas attendrir les badauds. A ceux qui gardent leur argent, Te contemplant, indifférents, Tu pousses ton rôle à l'extrême: Tu les bouscules, tu les gênes... En t'excusant. Ayant l'attention générale, Monsieur le héro de la salle, Pour ta scène finale, Pièces de monnaie dans ton pot, Avant le tomber du rideau, Pour reposer ton dos, Tu te redresses, magistral, Des rires pour bravos! Ratovomodimandringa, Je t'ai nommé: La vie est un théâtre de tribulations Où l'on peut applaudir le jeu des survivants.

DADY-SANS-EPOUX

  DADY-SANS-EPOUX Dady-sans-époux au regard doux-amer Etait la plus aimée des femmes de la terre. Pour un mariage que des gens lui ont dénié, Car elle n'était pas d'une grande lignée, Elle devint maman, et ensuite grand-mère, Parente d'adoption toujours célibataire. Elle prit soin des vieux et s'occupa des morts. Et malgré tous les maux, elle eut le temps encore D'être, après sage-femme et après embaumeuse, Pour les petits enfants une grande conteuse. Mais quand un jour ils demandèrent : « Pourquoi ne t'es-tu pas mariée ? » Dans ses yeux des larmes brillèrent. Elle n'était plus la grand-mère, Juste une femme abandonnée. Elle parla alors d'une histoire sans fées. Mais ses larmes à peine perlées, Avec mille enfantins baisers Ses yeux furent séchés. Daditsymanambady, Je l'ai nommée. Quand la solitude est un manque d'amour, La vie à deux n'est pas l'unique secours.

RALIVA-VOLEUR-DE-ZEBUS

  RALIVA-VOLEUR-DE-ZEBUS Raliva-voleur-de-zébus était un homme honnête et droit, Aussi pauvre d'argent que riche de jeunesse. Mais selon coutumes et lois, Pour prendre femme, il faut montrer force autant que sagesse. Raliva vola du bétail Pour mériter sa fiancée, Et pour sceller leurs fiançailles, Il rendit le bétail volé En guise de dot au beau-père ...Qui en était propriétaire Avant l'épreuve de bravoure. Mais dans cette histoire d'amour, La sagesse oublié fut là: Il s'avéra qu'il épousa ...Une femme adultère. Cornu par la mégère, Je m'en vais, a-t-il dit, Je serai moins marri Avec des cornes de zébus, ... non, de taureau. Tournant le dos à son mariage, Il devint un voleur fort sage Et eut beaucoup d'écus, ...non, d'euros. Ralivapangalatromby, Je l'ai nommé: Ne jugeons pas trop vite; que ne ferait-on pas Pour obtenir la paix qu'on n'a pas par la loi ?

RAVO-LE-JOYEUX-POUSSE-POUSSE

  RAVO-LE-JOYEUX-POUSSE-POUSSE Comme des larmes de bonheur, la sueur sur le front De Ravo-le-joyeux-pousse-pousse Dit qu'il ne mourra pas ce soir. Quand ses pieds crevassés saigneront du goudron, Quand ses muscles seront tendus, mais triomphants, Arqués de lassitude, mais saillants de victoire ; Quand même chaque rue d'Antsirabé la belle Saura qu'il est passé vingt fois près des trottoirs Pour la bouchée de riz, le prix des gens pressés Qui n'oseraient courir de peur d'en trépasser ; Quand il n'en pourra plus, rentré dans son logis, Devant le plat fumant, il sourira enfin D'avoir vaincu la mort, d'avoir sauvé les siens. Ravoposiposy, Je l'ai nommé. Un homme heureux Fuit la mort en courant.

DADA-PLEIN-D'AMOUR

  DADA-PLEIN-D'AMOUR Respectueux de la coutume, mais aimant fort tous ses enfants, Dada-plein-d'amour a fait des réjouissances Même pour sa fillette. Quand on sait qu'on ne fête Que la venue d'un garçon, garant de la force et du nom, Il savoura sa joie dans le plus pur silence. Et quand son fils naquit sous de mauvais présages, Et qu'il fallut désenvoûter tout le village, Dada interpréta encore L'ordalie pour vaincre la mort. Son fils allait passer l'épreuve D'un piétinement de zébus; Sa survie donnerait la preuve Que le sort avait disparu. Dada déposa de faux langes Sur le chemin des grands bovins. Tout le village fut aux anges: Un enfant survivait enfin ! Et avec une bonne étoile ! Dadabefitia, Je j'ai nommé: Coutume, rumeur et amour Règlent la vie malgache encore, Mais l'amour est le plus fort.

RANDRIA-COUPE-EN-DEUX

  RANDRIA-COUPE-EN-DEUX Randria-coupé-en-deux, tu te balades Dans les rues de Tana, jusque sous les arcades, Les nuits sans lune où le ciel pleure. Fantôme riant et farceur, Peu de gens t'ont vu en entier. Quand ton faciès hilare se montrait pour faire peur, Ton corps était ailleurs. Tout Tana connaît ton histoire: ton épouse était bien volage, Tes amis s'en sont aperçus; Et toi, bafoué et cornu, Ne supportant pas cet enfer, Tu t'es couché de tout ton long sur le chemin de fer. Tu étais triste alors! Le train passa, coupant ton corps. Mais en deux morceaux tu revins hanter, drôle d'image, Ta femme en disant : moi aussi je me partage. Et ça te faisait rire, et tu en ris encore De cette peur sur son visage De voir un homme coupé en deux, Mort, certes, mais très heureux. Randriaroatapaka, Je t'ai nommé: Aux vivants ne fais pas de tort, Qui sait comment se vengent les morts ?

RABE-MARCHAND-DE-RIVIERE

  RABE-MARCHAND-DE-RIVIERE Rabé-marchand-de-rivière Doit chercher un autre travail. Au sud, à l'est, à l'ouest, au nord, Le robinet, un jour, l'a condamné à mort. Il ne va plus, vaille que vaille, De la source au village, Dansant avec ses seaux en criant au passage: «de l'eau! Tenez, voilà de l'eau! » Quelqu'un lui avait répondu: « Ton eau, Rabé, on n'en veut plus! Va te chercher une autre source D'argent pour remplir ta bourse. » N'ayant pas pitié de son sort, Ce quelqu'un a fermé sa porte. Mais Rabé a cherché. Il a trouvé à l'est, Il a trouvé au nord, et au sud et à l'ouest Portes ouvertes de nouveau Devant Rabé-agent-du-fisc. Rabepakarano, Je l'ai nommé: Fermer une porte, C'est prendre le risque Qu'un jour on la force.

RAFALY-PRESQUE-MEDECIN

  RAFALY-PRESQUE-MEDECIN Rafaly-presque-médecin, Au marché du Zomà, tu survis durement A vendre la brochette et le nem au client. Tenir jusqu'à demain, telle est ton habitude, Toi qui as pourtant fait presque sept ans d'études Passés à avoir peur de ne pas arriver A payer un crayon, un livre ou un cahier. Ayant eu faim et froid, tu as cessé d'y croire. Le ventre n'est vêtu ni n'est nourri d'espoir. Mais tu vis maintenant, plus à l'aise que les docteurs, Boudés par des patients bien plus pauvres que toi. Et dans ce lieu où tu remplis les estomacs, Il t'arrive parfois de soigner les douleurs. Rafalisaikadokotera, Je t'ai nommé: On ne prête peut-être qu'aux riches personnes, Mais dans la pauvreté, ce qu'on a, on le donne.

RAJAONA-LE-DISCOUREUR

  RAJAONA-LE-DISCOUREUR Aimant la loquacité, ignorant le mutisme, Rajaona-le-discoureur n'eut jamais de métier, Car partout le silence était un grand civisme; Hôpitaux ou bureaux, les lieux étaient sacrés. Jusque dans les rizières et les parcs à zébus, Trop parler signifiait de la force perdue. Cependant il était des jours Qui méritaient bien des discours. Pour les circoncisions et pour les funérailles, Palabrer était de rigueur Et c'était même une bataille  Opposant deux bonimenteurs, Les jours de fiançailles. Allégories, dictons, maximes, De la prose jusqu'à la rime, Tout était bon pour magnifier  Mieux que l'autre son protégé. Augmentant très haut les enchères, Paraphrasant à qui mieux mieux, L'homme incapable de se taire, Là, devenait précieux. Rajaona gagna donc sa vie Avec une verve fleurie. Rajaonapikabary, Je l'ai nommé: Ce qui est un défaut ne l'est peut-être pas.

RAKOTO-L'ESCLAVE

  RAKOTO-L'ESCLAVE Statut : Pas d'exclusivité. Le caïman et l'oiseau, Le mimosa et le chien, Rakoto-l'esclave, Quand tu t'échappas de l'enclave, T'ont aidé à fuir les chaînes. Le caïman s'est fait bateau. Toi, tu es monté sur son dos Pour passer la grande fontaine Et au fond des bois te cacher. Le chien a fait fi de son flair, Le mimosa t'a abrité. Et lorsque le maître, en colère, A retourné la terre entière, Te recherchant pour la curée, L'oiseau, réputé pour sa peur De l'homme, ce grand prédateur, A atterri sur ton buisson Pour détourner son attention. Et depuis ta libération, Pour toi et tous tes descendants, La nature qui t'a sauvé Est devenue chose sacrée. Rakotoandevo, Je t'ai nommé. Les tabous viennent toujours De la survie et de l'amour.